Il y a des histoires qui méritent d'être racontées. Celle de Conodor est l'une d'elles. Pas parce qu'elle est extraordinaire au sens spectaculaire du terme, mais parce qu'elle est la preuve vivante qu'une culture peut survivre, se transmettre et s'enraciner loin de sa terre d'origine — si des hommes et des femmes s'y consacrent avec passion et constance.
1974 : les débuts
En 1974, Clermont-Ferrand compte plusieurs centaines de Guadeloupéens, arrivés principalement dans les années 1960 via le BUMIDOM — le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer. Ces hommes et ces femmes ont quitté leur île pour trouver du travail dans les hôpitaux, les usines et les services publics de la métropole.
Installés en Auvergne, loin des plages, des cocotiers et du bruit des tambours, ils ressentent un besoin vital : rester eux-mêmes. Ne pas se dissoudre dans la grisaille auvergnate. Transmettre à leurs enfants nés ici quelque chose de leur Guadeloupe natale.
C'est dans cet esprit qu'est fondée Conodor. Le nom — qui signifie « Connection » en créole — dit tout. L'association se donne pour mission de connecter les Guadeloupéens de la diaspora entre eux, et de connecter leur culture à leur terre d'adoption.
Les premières décennies : tisser des liens
Conodor est créée à Clermont-Ferrand. Premières répétitions dans une salle paroissiale du quartier.
Conodor organise son premier défilé de carnaval guadeloupéen en pleine rue clermontoise. Un événement inédit qui surprend et enchante les habitants.
L'association commence à proposer des cours réguliers ouverts à tous, guadeloupéens ou non. La transmission intergénérationnelle s'organise.
Conodor commence à se produire pour des fêtes de villages, des mariages et des festivals dans le Puy-de-Dôme. La réputation de l'association dépasse la communauté antillaise.
La reconnaissance internationale du gwo ka comme patrimoine immatériel de l'humanité valorise le travail de toutes les associations comme Conodor qui œuvrent à sa transmission.
L'association célèbre ses 50 ans. Trois générations de familles guadeloupéennes ont contribué à son histoire. Les tambours résonnent encore.
Ce qui a tenu pendant 50 ans
Comment une association culturelle peut-elle survivre 50 ans ? La question mérite d'être posée. Beaucoup d'associations du même type n'ont pas passé la deuxième génération. Qu'est-ce qui a fait la différence pour Conodor ?
Plusieurs facteurs nous semblent essentiels :
- L'enracinement local — Conodor n'a jamais cherché à reproduire la Guadeloupe à Clermont-Ferrand. Elle a cherché à s'inscrire dans le tissu local, à participer aux événements de la ville, à être une association clermontoise à part entière tout en restant guadeloupéenne dans l'âme.
- L'ouverture — Les cours, les spectacles, les animations de Conodor ont toujours été ouverts à tous, sans distinction d'origine. Des Auvergnats de souche sont devenus percussionnistes, des enfants de la communauté asiatique ont appris les danses créoles. Cette diversité a enrichi l'association.
- La transmission — Les fondateurs ont eu la sagesse de ne pas garder leurs savoirs pour eux. Ils les ont transmis, avec patience et générosité, à des générations successives d'élèves et d'adhérents.
- La prestation professionnelle — En proposant des prestations rémunérées pour des événements, Conodor a créé un modèle économique viable qui lui permet de perdurer sans dépendre entièrement des subventions.
Cinquante ans, c'est trois générations. Les enfants des fondateurs sont aujourd'hui les piliers de l'association. Leurs enfants commencent à leur tour à jouer du tambour. Cette chaîne vivante est ce qu'il y a de plus précieux dans l'histoire de Conodor.
Conodor aujourd'hui : toujours debout
Aujourd'hui, Conodor continue de se produire régulièrement dans toute la région Auvergne-Rhône-Alpes. Mariages, festivals, fêtes de village, événements d'entreprise, animations scolaires — l'association est présente sur tous les fronts.
Notre équipe d'artistes intervient à Clermont-Ferrand, à Lyon, à Issoire, à Thiers, à Cournon-d'Auvergne, à Riom, à Vichy et dans toutes les communes du Puy-de-Dôme.
Cinquante ans après sa fondation, Conodor prouve que la culture n'est pas une chose du passé qu'on conserve comme un musée. C'est une force vivante, qui se renouvelle, qui s'adapte, qui continue de faire danser les gens — qu'ils soient nés en Guadeloupe, en Auvergne ou ailleurs.
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